 |  | Metro Dodo Poem
Métro, boulot, dodo, Solo
Il est monté dans ma vie à la station Gaïté-Montparnasse
A peine est-il entré que le wagon s'est rempli de couleurs,
Je ne vois plus cette foule de gens anonyme qui s'entasse
N'entends plus le bruit de la masse mais celui de mon coeur
Il a heurté mon quotidien d'un simple mouvement anodin
Brisant ma solitude il m'offre gentiment son strapontin
J'ai plaisanté pour égayer sa soirée, lui présentant mes genoux
Il s'en amuse, me sourit annonçant qu'il resterait debout.
Il a imprégné mon destin aux abords de la station Invalides
Fatigué il feint de s'asseoir sur moi, mais reste dans le vide
Pour un bref moment d'intimité sur mon bras, il pose sa main
Sur ses lèvres un sourire se dessine en mon âme il dépeint.
Il a réveillé ma destinée, brisant l'infirme tristesse de ma vie
Animant de sa présence la monotonie qui d'habitude m'envahie
Un contingent de la foule anesthésiée nous a alors abandonné
En face de moi, sur un siège libéré, délicatement il s'assied
Il est entré simplement dans ma vie et il s'y est endormi
Ses yeux se ferment, sa bouche se tempère et se lisse
Ses lèvres s'entrouvrent, sa tête lourde s'abandonne et glisse
Ses mains restent solidaires, fidèles compagnes, tendres amies.
Il a quitté notre bien triste réalité, pour s'épancher dans un rêve,
Je le vois s'envoler, ses lèvres sont en train de goûter le vent,
Par moment il sursaute mais bascule encore plus profondement
Dans ses songes, je sens qu'il me quitte, je suis arrivée, je me lève.
Papillon-Val,
Metro dodo, Metro dreaming
February 2008
Papillon-Val, 2008

Metro, boulot, dodo, Solo
He entered into my life at the station Gaïté -Montparnasse
He had hardly entered when the carriage filled with colours
I see no longer the anonymous crowd of the huddling mass
Hearing only the sound of my heart, and no more noise from the others.
He collided into my quotidian in a movement banal and discreet
Breaking my solitude, he then kindly offers me his seat
I joke around to lighten up his evening and present him my knees
He is amused, smiles at me and says that he stay on his feet
He impregnated my destiny on approaching the station Invalides
Tired he feigns to sit on me but stays in the emptiness
For a brief moment of intimacy on my arm, he places his hand
A smile takes shape on his lips and my soul he depicts.
He awoke my destiny, breaking the feeble sadness of my life
His presence animates the monotony that normally fills me inside
A section of the anesthetized crowd proceeds to abandon us
And in front of me, on an available seat, he delicately sits with no fuss.
He simply entered into my life and there he dwelled as he slept
His eyes close, his mouth softens away
His lips open, his heavy head gives way
His hands stay attached, loyal companions, tenderly kept
He left our sad reality to lose himself in a dream
I see him drift away, his lips tasting the wind
At one moment he stirs but falls even further within
Into his dreams, abandoning me, now my destination is here, it is time to leave.
Papillon-Val, 2008
Le Marin de Barbès
Sur un banc je l'observe à la lueur du soir
Son visage est caché par une barbe blanche
Il a le regard bleu nuit pétillant qui tranche
Il s'accroche à sa bouteille, prêt à boire
Je l'imagine marin perdu dans le vaste océan
Sur une île déserte vêtue de goémons et de vents
Il en a vu des miles, découvert des continents
En a eu des femmes dans chaque port évidemment
Il porte enfin à sa bouche l'élixir de l'oubli,
Celui grâce à qui plus rien n'a d'importance,
Par qui les souvenirs reviennent comme une danse
Lancinante et profonde, amer et douce comme la vie
Je le regarde s'échouer sur le rocher très noir
Du bitume de la rue Barbès-Rouchechouart.
Il n'a pas l'air triste, ni haineux ni même bougon
Malgré sa lente dérive dans une vie d'exclusion
Rêve-t-il encore des mers du bout du monde ?
S'imagine-t-il toujours sur la proue d'un bateau ?
Plutôt que d'être coincé dans le laid et l'immonde
Anonymat de l'ici bas où l'on meurt bien trop tôt.
Il lève les yeux vers moi, on échange un sourire
Je me rapproche de lui et lui donne de l'argent.
« La vie est un drôle de voyage, me dit-il riant,
Alors profites-en bien tant qu'il est encore temps,
Ne crois pas que le bonheur est ailleurs et lointain
Il est au fond de toi toujours a portée de main.
Ton sourire aujourd'hui sera ma plus forte monnaie. »
Cette magnifique leçon de vie valait bien son billet.
Papillon-val, Mars 2008
Inspiré de la peinture de James Cochran 'Street Man'

Papillon-Val is a French writer currently living in Paris.
http://www.akajimmyc.com/Metro_Dodo_Poem
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