 |  | Les Ames Esseulées
JAMES COCHRAN
Boutwell Draper Gallery, Sydney
Nov 19- Dec 13 2008
L'art de James Cochran fait référence à une technique de peinture unique avec une vision perspicace et éloquente de son monde. Cochran analyse la vie de la rue à Melbourne, Paris et Tokyo. Il nous montre au passage des personnages que nous ne remarquerions probablement pas lorsque nous nous promenons, mais qui sont ici retenus avec une candeur photographique pour une contemplation prolongée. Ces individus ordinaires et anonymes - banlieusards, voyageurs et sans abris marginalisés, qui pourraient être nos voisins ou encore nous-mêmes - sont sereinement observés dans leur quotidien.
La perspective unique des paysages urbains de Cochran met en avant la froideur sous-jacente, cachée derrière la surface clinquante et l'inévitable géométrie de la vie contemporaine. Le travail de Cochran nous pousse au-delà de la toile pour nous attirer dans le cadre, défiant notre regard détourné et notre désengagement. Dans certaines de ses oeuvres, il se dépeint lui-même, son autoportrait soulignant à la fois les interchangeabilités de son caractère, et donc une quête personnelle de l'identité, et l'authenticité de sa propre expérience. Dans ses méandres, il est à la fois un observateur assidu de la vie urbaine, et le sujet de ses propres investigations, et une personnalité avec une vision unique.
En développant ce thème de travail, Cochran fait référence à l'image d'âmes esseulées, inspirée de la chanson A la faveur de l'Automne écrite par l'auteur compositeur français Tété. En à peine quelques coups de bombe, Cochran distille l'essence, ou l'âme, de chaque personnage qu'il fige ainsi. En effet, dans certaines oeuvres, des personnages fantômes, sans substance, représentés en violet pâle, peuvent être vus comme ombrageant les piétions. Même les arbres omniprésents, surlignés dans un vert ou un violet tranchant la pénombre de la nuit, possèdent une personnalité à eux seuls. Le flâneur solitaire semble perdu dans un labyrinthe d'immeubles inconnus, de phares de voitures pénétrants et de fantômes.
Les images de Cochran sont constituées d'un mélange complexe de tâches et de gouttes de couleurs différentes qui s'unissent dans un tout spectaculaire et résonnant. Le rendu final paraît gestuel, rapidement exécuté et expressionniste, mais il a été minutieusement préparé, d'une manière virtuose. Son sujet est ancré dans le réalisme, et l'utilisation de la lumière, spécialement dans les paysages nocturnes, créant un puissant romantisme. Au lieu d'utiliser la peinture à l'huile appliquée avec un pinceau, Cochran a adapté la technique révolutionnaire du pointillisme du peintre français du 19e siècle Georges Seurat, pionnier de cette technique, en utilisant des giclés de bombe aérosol avec du vernis, plus communément associés à l'art illégal de la rue. La surface unique et abstraite de ses toiles révèle une image seulement à une distance précise. A cette distance, l'intimité avec la peinture procure une potentielle intimité avec les gens qui peuplent ses rues. Par analogie, nous sommes seulement capables de voir et de comprendre clairement l'oeuvre d'une certaine distance. Mais en effet, quand nous nous approchons de la toile, ces personnages fugitifs disparaissent dans un fatras de tâches colorées, comme s'ils n'avaient jamais été plus que les projections de notre imagination.
La simplicité et la clarté des images de Cochran, alliées à son extraordinaire style artistique, donnent à son travail un immense pouvoir, situant à la fois le sujet et le spectateur dans un puissant espace psychologique. Nous devons nous engager avec un art qui émerge avec tant de force de la rue elle-même.
Chris Reid
Octobre 2008
Chris Reid est un écrivain indépendant de Melbourne qui écrit des articles de l'art contemporain et la musique.
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